Coup de gueule

Où nous apprenons que le dispositif de lutte contre le décrochage scolaire consiste à ce que les jeunes renvoyés d’un établissement y retournent pour être pris en charge.

Ce matin, une amie m’appelle, la fille d’une amie d’une amie, appelons-la Nathalie, plus de 16 ans (l’école n’est plus obligatoire), s’est très mal comportée dans son collège, grosse bagarre avec une de ses enseignantes, elle a été renvoyée. Depuis, c’est un peu tendu à la maison et elle ne sort plus trop de sa chambre.

Elle est en troisième, non reprise dans son établissement et n’a pas eu son passage au lycée.

C’est donc très ennuyée pour elle que j’appelle le CIO (centre d’information et d’orientation) en me disant qu’ils pourront l’aider. Je téléphone une première fois, j’explique que je suis enseignante et qu’on m’a envoyée Nathalie parce qu’elle a plus de 16 ans et qu’elle risque de ne plus être scolarisée très bientôt et qu’une amie savait que je m’occupais d’élèves « décrocheurs » avant qu’ils ne soient vraiment décrochés. Ce qui est précisément le cas de Nathalie.

On me demande mon lycée d’affectation. Je n’en ai pas en ce moment puisque Transapi n’a pas (encore) de locaux et donc le CIO m’explique qu’ils n’ont pas à travailler avec moi et qu’ils ne vont pas me confier de jeunes puisque je n’ai pas d’agrément éducation nationale (sic*) même si Transapi est une belle initiative (chouette).

Je rappelle, furieuse de ce malentendu, pour expliquer que les jeunes qui n’ont plus d’école doivent être pris en charge. Et que les jeunes qui ne sont nulle part ne doivent pas être laissés à la rue. Je ne suis effectivement pas payée pour m’occuper de ces jeunes mais je pensais que le CIO l’était.

Le CIO m’assure alors qu’ils ont, je cite « leur propre dispositif de lutte contre le décrochage scolaire ». Très bien, me dis-je, comment vont-ils s’occuper de Nathalie ?

La réponse qui suit est stupéfiante « il faut que les élèves retournent à leur lycée ou leur collège pour dire qu’ils sont décrocheurs et demander un entretien de situation« .

Inutile de dire que Nathalie ne retournera pas dans son collège, même sa mère n’ose pas appeler le principal.

J’hésite entre rire et pleurer, je raccroche dépitée. Je comprends mieux pourquoi on a 12000 perdus de vus dans l’académie pour 136 élèves repérés.

Pour ceux qui ne veulent pas finir cet article déprimés.

Nathalie a une passion, le journalisme, et elle participera demain à l’atelier « zone d’expression prioritaire« .

Nathalie espère que Transapi existera l’année prochaine pour apprendre, autrement. Et nous ferons tout pour qu’elle soit scolarisée l’an prochain chez nous ou ailleurs.

* Pour l’anecdote, enseignante dans l’éducation nationale, on me confie régulièrement des jeunes.

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4 réflexions au sujet de « Coup de gueule »

  1. Bonjour,
    directeur d’un centre d’information et d’orientation, responsable d’une plateforme de suivi et d’appui aux décrocheurs, je suis effectivement surpris de ce que vous exposez, qui fait preuve d’un dysfonctionnement patent. Il est évident que les jeunes – particulièrement les élèves exclus suite à un conseil de discipline – ne vont pas se présenter à nouveau dans leur établissement. le CIO est une porte d’entrée parfaitement adaptée à la jeune dont vous relatez la situation.
    Je regrette qu’il existe encore des CIO qui vous répondent – ou ne répondent pas – de cette manière.
    Je tiens à vous assurer que ce n’est pas le cas général, loin s’en faut.
    CC

    • Bonjour,

      Merci de cette très bonne nouvelle.

      Si vous êtes sur l’académie de Paris et que vous pourriez nous aider pour un cas similaire, nous sommes très intéressées à vous rencontrer.

      Vous pouvez nous écrire à contact @ transapi.fr

      Sinon est-il possible que les systèmes soient différents selon les académies? Parce qu’une copine CPE m’a confirmé que dans son collège, les consignes étaient effectivement celles-là.

      • Je ne travaille pas dans l’académie de Paris.
        Concernant un élèves exclu par conseil de discipline, ce sont les service de la DSDEN qui se chargent de l’affecter dans un autre établissement. Concernant les décrocheurs, les établissements -quels qu’ils soient – doivent en principe transmettre au CIO, une fiche de liaison pour alerter de la sortie de scolarité sans diplôme. Nous nous chargeons de contacter ce jeune pour lui proposer en entretien de situation dont l’objectif est d’étudier les différentes possibilités de formation ou de prise en charge.
        Les procédures peuvent effectivement varier entre académies.
        CC

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