Témoignage de Rachel: « j’ai envie d’apprendre »

Par Muriel Epstein

Filmée par Lola, 17 ans, élève au lycée autogéré de Paris, Rachel témoigne de son envie d’apprendre malgré le décrochage scolaire.

Rachel a redoublé de la seconde générale en seconde professionnelle puis décroché faute de perspective. Je l’ai rencontrée en mars dernier alors qu’elle n’avait pas d’établissement.

Comme elle me l’avait promis en juin, elle a participé au film documentaire/fiction sur le décrochage scolaire réalisé par Lola… voici donc le premier extrait du film.

Rachel a maintenant intégré le lycée de la nouvelle chance pour passer un bac général et elle en est enchantée.

Le numérique pallie certains handicaps

Par Muriel

 

Théodore (prénom modifié), 18 ans, a un handicap de type « bégaiement » assez lourd. Il a été très stigmatisé au début de sa scolarité.

Pourtant, son cerveau fonctionne tout à fait et si l’oral est un exercice difficile, à l’écrit, il rédige de longs mails structurés sans faute d’orthographe.

Théodore a été orienté en bac pro vente (parfois on se demande vraiment ce qui passe par la tête des gens pour choisir une telle orientation) mais il est tombé sur une super équipe dans son lycée professionnel qui l’a aidé à revenir en filière technologique.

Maintenant il cherche à passer un bac littéraire car la littérature et ce qu’il connait de la philosophie lui font envie.

Nous allons l’accompagner dans cette voie.

Pour ses examens, il répondra avec un ordinateur. Pour Théodore, les exercices à distances ou par mail sont une chance car à l’écrit, il est dans son élément!

Le projet TransiMOOC prend forme

Lors d’un entretien, nous proposons à un élève, en situation de décrochage scolaire, de devenir prof à Transapi. Il nous assure que c’est une très mauvaise idée.

Extrait d’un dialogue assez amusant

Prof: Mais enfin , tu viens de nous dire que tu adores parler, les profs adorent parler, c’est une qualité pour un enseignant d’aimer parler

Elève: certes mais j’aime qu’on m’écoute!

Prof: ah mais les profs aussi adorent qu’on les écoute; demande à n’importe quel prof, tu verras (acquiescement d’un autre prof présent à l’entretien)

Elève: je ne m’imagine pas tenir une classe

Prof: et si c’est en vidéo, sur youtube par exemple ?

Elève (en souriant): ah, en vidéo?

[on lui raconte les MOOC]

Elève: je crois que finalement je pourrais me rappeler le cours sur les pourcentages, j’aime bien cette idée.

L’an prochain, nous proposerons aux jeunes de faire des MOOCs avec nous; affaire à suivre…

Qu’est-ce que le travail de groupe?

Faites 4 triangles équilatéraux en déplaçant 2 allumettes (qui doivent rester sur le schéma)

Faites 4 triangles équilatéraux en déplaçant 2 allumettes (qui doivent rester sur le schéma)

Par Muriel Epstein

Les deux jours de participation à l’université d’été du GFEN étaient enthousiasmants.

Le GFEN, groupe français d’éducation nouvelle, n’est pas un mouvement si nouveau. Il s’est créé en 1922, après la première guerre mondiale. Il n’empêche qu’en deux jours, j’ai appris beaucoup de choses et je ne résiste pas au plaisir de les partager.

Ce que j’ai appris de plus important, à mon sens, c’est les conditions de réalisation d’un vrai travail de groupe, et la différence avec un travail d’équipe.

  • Le travail d’équipe, c’est lorsque des personnes ont chacune une tâche propre. Le travail à la chaine peut être un travail d’équipe.
  • Le travail de groupe, c’est lorsque tout le monde participe à la construction de la solution.

Or, pour cela, il faut absolument que tout le monde, vraiment tout le monde, puisse apporter un petit quelque chose au collectif. Un élève (ou un adulte) qui n’aurait rien à dire lors d’un travail de groupe ne pourra plus participer et se mettra en retrait.

Ainsi, pour l’ensemble des activités, le GFEN propose plusieurs temps (et suggère fortement de ne jamais donner d’exercice trop simple) :

  • Temps 1: réflexion individuelle, chacun cherche et doit pouvoir amener quelque chose
  • Temps 2: mise en commun par petit groupe (3 à 5), chacun apporte ses éléments de réponse
  • Temps 3: chaque groupe explique aux autres sa démarche et où il en est

Il y a certainement un temps de synthèse, etc… mais ce qui m’intéresse c’est que le travail de groupe commence par un temps individuel, obligatoire, systématique, et que ce temps est précieux pour que tout le monde s’investisse et qu’il s’agisse d’un travail de groupe et non d’équipe ou individuel.

Les ateliers proposés lors de l’université d’été permettaient aussi de réfléchir à ce qu’une aide « individualisée » pouvait apporter ou, au contraire, empêcher pour un élève.

Ne pouvant reproduire l’expérience que j’ai vécue sans la déflorer, je vous laisse méditer sur le fait qu’une aide individualisée puisse être gênante pour un élève au lieu d’être positive même si elle semble efficace à court terme.

Pour moi, l’expérience de travail de groupe entre adultes est un succès, et d’après les témoignages des enseignants présents, elle fonctionne très bien; j’ai hâte de l’essayer avec mes étudiants à l’université ou avec les jeunes qui viendront à Transapi! Il ne manquerait plus que ce soit réservé aux tout petits.

Du soleil dans la voix!

Il est des moments précieux. Qu’on a envie de partager.

Quand j’ai rencontré Rachel, il y a quelques mois, elle m’expliquait qu’elle gâchait sa vie.

Elle n’allait plus en cours depuis quelques temps déjà, elle avait arrêté en seconde, qu’elle avait redoublée, puis une tentative avortée de Bac pro. Cela n’allait pas sans tension à la maison et sans quelques difficultés dans les relations.

Voir une belle jeune fille intelligente de 19 ans, pétillante et pleine de vie, se sentir sans avenir, ça fait mal au cœur.

On a un peu discuté de ses centres d’intérêt, de ses possibles, de ses envies. Je lui ai conseillé de se renseigner sur les micro-lycées dont je pensais qu’ils conviendraient bien à une jeune adulte qui a besoin d’être traitée comme tel, tout en étant encadrée.

Aujourd’hui, elle sort des portes ouvertes du Lycée de la Nouvelle Chance de Cergy et elle a des étoiles dans les yeux et du soleil dans la voix. Elle a retrouvé un avenir, et ça fait immensément plaisir. A elle, à moi, sûrement à ses parents aussi et peut être même à vous qui lisez ce texte.

Elle participera, comme c’était prévu au court métrage sur le décrochage scolaire et Transapi que réalise Lola, élève du Lycée Autogéré de Paris suite à notre atelier, mais avec le sourire de ceux qui ont retrouvé un lycée!

Interview de Thomy Cammarata

Nous avons rencontré Thomy Cammarata le 23 mars 2013 lors d’un de nos ateliers au LAP. Thomy est étudiant francais, qui étudie les sciences politiques en Allemagne et s’intéresse en particulier à l’autogestion et aux écoles différentes. Il est venu à une réunion Transapi du 24 mars nous écouter et nous avons pu l’interroger un peu sur ce qu’il avait lui-même observé.

1) Peux-tu lister les écoles/lycées différents que tu as vu ?

J’ai en France eu le temps de côtoyer rapidement le CLE (Collège Lycée Expérimental) de Caen et le micro lycée de Sénart, mais ceci de manière plus ou moins indirecte, n’ayant pas eu le temps de faire un vrai stage d’observation. J’ai vraiment une meilleur vue du lycée expérimental de Saint-Nazaire – un mois en trois stages au cours de l’année scolaire précédente – et du lycée autogéré de Paris – trois semaines en deux stages pour le moment, sans compter les quelques jours avant les trente ans. Un jour par ci par là dans une école Montessori, et Freinet dans le cadre de portes ouvertes et débats mais c’était des classes de primaire et je préfère plus le niveau lycée où j’ai plus de connaissances par mon investissement personnel.

Le lycée de la légion d’honneur de Saint Denis n’a malheureusement pas pu m’accueillir sur les dates de ma présence en France, mais j’ai pu rencontrer une des jeunes filles afin de discuter avec elle du lycée, tout comme pour le Prytanée (lycée militaire), ce qui me donne donc aussi un petit avis sur des méthodes poussées par d’autres valeurs.

En ce qui concerne l’Allemagne, je suis déjà allé une semaine, dans le cadre d’un échange, au « Gynmasium » (collège plus lycée pour faire simple), et quelques jours au SFE (Schule für Erwachsenenbildung / école pour l’éducation permanente) et à la NSH « Neue Schule Hamburg » (nouvelle école Hambourg). Je n’ai pas eu la chance de pouvoir rester de longs moments par contre, c’était plus une première approche qu’un réel plongeon à l’intérieur, cela ne m’a pas empêcher de lire beaucoup sur le sujet (ci-joint un article j’ai fait pour un journal militant pour te donner un avis et non pour être publié)

2) Laquelle t’a le plus surpris, dérouté et pourquoi ?

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Rencontre avec Alexandre, qui imagine l’école du futur

Alexandre est un jeune designer. Lorsqu’on lui a demandé d’imaginer l’école du futur, fin 2012, pour son projet de fin d’étude, il a commencé par poser les constats suivants. Où l’enseignant change de rôle, car l’étudiant apprend avec Internet, avec ses pairs… et l’enseignant guide l’élève vers des sources de savoir.

Puis Alexandre a conçu ce qu’il appelle « la co’lab », espace de travail collaboratif, avec :
– un espace détente
– un espace de travail en groupe
– un espace de travail plus calme
– un espace de présentation de son travail

Et ce qu’il appelle une « entrée communicante » (qui devrait être dans le fond de la partie « café » à Transapi)

Alexandre est allé encore plus loin dans son idée, avec une vidéo d’espace complètement interactif.

CO’LAB from darkbean on Vimeo.

A ceux qui pensent qu’un tel projet est réservé à des étudiants, voici la conférence TED 2013 de Sugatra Mitra