Témoignage de Rachel: « j’ai envie d’apprendre »

Par Muriel Epstein

Filmée par Lola, 17 ans, élève au lycée autogéré de Paris, Rachel témoigne de son envie d’apprendre malgré le décrochage scolaire.

Rachel a redoublé de la seconde générale en seconde professionnelle puis décroché faute de perspective. Je l’ai rencontrée en mars dernier alors qu’elle n’avait pas d’établissement.

Comme elle me l’avait promis en juin, elle a participé au film documentaire/fiction sur le décrochage scolaire réalisé par Lola… voici donc le premier extrait du film.

Rachel a maintenant intégré le lycée de la nouvelle chance pour passer un bac général et elle en est enchantée.

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Coup de gueule

Où nous apprenons que le dispositif de lutte contre le décrochage scolaire consiste à ce que les jeunes renvoyés d’un établissement y retournent pour être pris en charge.

Ce matin, une amie m’appelle, la fille d’une amie d’une amie, appelons-la Nathalie, plus de 16 ans (l’école n’est plus obligatoire), s’est très mal comportée dans son collège, grosse bagarre avec une de ses enseignantes, elle a été renvoyée. Depuis, c’est un peu tendu à la maison et elle ne sort plus trop de sa chambre.

Elle est en troisième, non reprise dans son établissement et n’a pas eu son passage au lycée.

C’est donc très ennuyée pour elle que j’appelle le CIO (centre d’information et d’orientation) en me disant qu’ils pourront l’aider. Je téléphone une première fois, j’explique que je suis enseignante et qu’on m’a envoyée Nathalie parce qu’elle a plus de 16 ans et qu’elle risque de ne plus être scolarisée très bientôt et qu’une amie savait que je m’occupais d’élèves « décrocheurs » avant qu’ils ne soient vraiment décrochés. Ce qui est précisément le cas de Nathalie.

On me demande mon lycée d’affectation. Je n’en ai pas en ce moment puisque Transapi n’a pas (encore) de locaux et donc le CIO m’explique qu’ils n’ont pas à travailler avec moi et qu’ils ne vont pas me confier de jeunes puisque je n’ai pas d’agrément éducation nationale (sic*) même si Transapi est une belle initiative (chouette).

Je rappelle, furieuse de ce malentendu, pour expliquer que les jeunes qui n’ont plus d’école doivent être pris en charge. Et que les jeunes qui ne sont nulle part ne doivent pas être laissés à la rue. Je ne suis effectivement pas payée pour m’occuper de ces jeunes mais je pensais que le CIO l’était.

Le CIO m’assure alors qu’ils ont, je cite « leur propre dispositif de lutte contre le décrochage scolaire ». Très bien, me dis-je, comment vont-ils s’occuper de Nathalie ?

La réponse qui suit est stupéfiante « il faut que les élèves retournent à leur lycée ou leur collège pour dire qu’ils sont décrocheurs et demander un entretien de situation« .

Inutile de dire que Nathalie ne retournera pas dans son collège, même sa mère n’ose pas appeler le principal.

J’hésite entre rire et pleurer, je raccroche dépitée. Je comprends mieux pourquoi on a 12000 perdus de vus dans l’académie pour 136 élèves repérés.

Pour ceux qui ne veulent pas finir cet article déprimés.

Nathalie a une passion, le journalisme, et elle participera demain à l’atelier « zone d’expression prioritaire« .

Nathalie espère que Transapi existera l’année prochaine pour apprendre, autrement. Et nous ferons tout pour qu’elle soit scolarisée l’an prochain chez nous ou ailleurs.

* Pour l’anecdote, enseignante dans l’éducation nationale, on me confie régulièrement des jeunes.