Au plaisir d’apprendre répond celui d’enseigner…

Par Muriel

permancence1Nous avons acheté hier la première tablette numérique avec l’argent de la Fondation Orange et c’est donc avec un mélange d’excitation teintée d’angoisse qu’on a proposé ce jour à Marillon (qui n’est plus du tout scolarisée) et Emilie (qui envisage d’intégrer une structure innovante l’an prochain) de créer une ressource en ligne basée sur le videoprototyping. C’est le tout début du projet TransiMOOC.

Pour ceux qui ne le savent pas, le videoprotoyping, c’est faire une vidéo de moins de 3 minutes sur un sujet en racontant une histoire.

Les filles sont partantes. On cherche un sujet commun (l’une est en terminale et l’autre en troisième) et on part sur « la mondialisation en débat » dont Marillon a besoin pour son baccalauréat.

Je les interroge une dizaine de minutes sur ce que cela leur évoque, plein d’idées émergent et finalement, ce qui leur semble important, c’est de trouver une définition de la  mondialisation.

Elles décident de s’éloigner un peu de nous (l’équipe de profs) et demandent à la gaité lyrique où nous faisons nos permanences du vendredi un accès aux ordinateurs. Je vais les déranger une heure et demi plus tard, elles ont 15 onglets ouverts sur la mondialisation, elles ont dessiné la terre, des barrières à découper et rédigé leur scénario. Elles hésitent toujours sur la définition.

2 jeunes femmes apprennent en autonomie

On filme. Le son est désastreux, le film sera à refaire (on vous le montrera peut-être quand même mais on ne se rend pas compte que c’était super). En tous les cas, le sujet est maitrisé. Les filles ont beaucoup aimé cette manière d’apprendre et elles ont été complètement autonomes.

Merci les filles! Vous n’imaginez pas le plaisir que vous donnez à une équipe de profs quand on voit des jeunes se passionner sur un sujet.

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TransiMooc – Premier Comité de Pilotage

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Le premier comité de pilotage de lancement de notre projet TransiMooc, financé par la fondation Orange, a eu lieu ce jeudi. Nous remercions chaleureusement toutes les personnes du comité de pilotage qui étaient présentes.

Le principe fondamental de TransiMooc est la production de cours par des jeunes pour d’autres jeunes. Mais ces cours peuvent prendre différentes formes, ce qui a fait débat : faut-il favoriser les ressources en ligne (REL) ou le MOOC ?

Les ressources en ligne (REL) sont produites dans le but d’être mises en ligne. Elles peuvent prendre la forme d’un cours à la demande d’une classe, d’un jeu, d’un quizz, d’une vidéo, etc… Les produire nécessite du temps mais ensuite il n’y a pas obligatoirement d’animation.

Le MOOC est, lui, un cours programmé sur une semaine, complété par tous les outils possibles en ligne (vidéos, jeux, etc.) mais dans un parcours que tous les inscrits réalisent en même temps pendant une durée de 4 à 6 semaines en général. Il nécessite essentiellement la création d’un parcours pédagogique et l’animation des forums où des milliers d’inscrits peuvent être présents. Les éléments de contenu peuvent, eux, être issus du net.

Les REL présentent un grand intérêt pour les élèves qui les produisent mais elles ne génèrent pas l’existence d’une communauté et présentent donc un plus faible intérêt médiatique. Elles n’exigent que de produire des ressources.

Les MOOCs demandent plus de travail de suivi mais moins de travail de production (puisqu’on peut réutiliser d’autres cours et qu’il s’agit d’articuler des ressources existantes et pas nécessairement de les créer). Ils ont un grand intérêt médiatique et génèrent l’existence d’une communauté.

Discussion à suivre …

L’accompagnement à l’auto-didaxie

Par Muriel Epstein

Mercredi 13 novembre, à l’université de Nanterre, Pierric Bergeron, documentaliste au lycée pilote innovant international (LPII) de Poitiers qui a été, en France, le premier « lycée numérique » a soutenu sa passionnante thèse de sciences de l’éducation.

Ses travaux seront publiés prochainement, je vais juste en reporter quelques phrases que j’en ai comprises et qui m’ont marquée par les échos que j’y ai trouvés, tant avec Transapi qu’avec mes propres recherches et qui devrait interroger sur l’enseignement, la refondation de l’école, et qui donnent des pistes fortes sur la prévention du décrochage scolaire et l’usage du numérique.

Espace d’accompagnement à l’auto formation

C’est une des définitions possibles du LPII.

J’ai particulièrement aimé la notion d’accompagnement à l’autodidaxie. C’est à dire que les jeunes du LPII, après leur scolarité, ont gardé une habitude de l’autoformation. Le lycée a appris à apprendre, ce qui me semble extrêmement important. De même qu’apprendre à lire permet ensuite d’apprendre tout ce qu’on trouve dans les livres, apprendre à utiliser les outils numériques ouvre des champs immenses. L’autodidaxie se fait aussi à travers les apprentissages informels. C’est souvent sur le sujet des outils numériques que les jeunes apprennent entre eux, sans l’aide d’un enseignant. La mise en réseau modifie aussi globalement l’apprentissage. Cela devrait d’ailleurs être un axe de recherche fort!

Le groupe

Pierric a également parlé des relations constructives des élèves en dehors des cours, de l’importance de la pédagogie de projets de groupe. Autant d’éléments que j’ai retrouvé dans mes recherches. Les plans de lutte contre le décrochage scolaire qui fonctionnent, les lycées qui réussissent à combattre le décrochage scolaire sont ceux qui mobilisent les élèves en groupe. Ce n’est pas une immense nouveauté, mais il faudrait que ce soit dans la tête de tous les enseignants. Pierric (qui m’excusera je l’espère si je déforme ses propos), a mentionné le passage d’un modèle utilitariste de l’école (« je suis là pour avoir mon bac ») à un modèle projectif via une identité collective forte. Il a, alors, parlé de sérendipité active, « trouver ce qu on ne cherche pas en cherchant ce qu’on ne trouve pas ».

Le suivi des élèves sur le long terme comme alternative à l’évaluation des performances

J’ai écrit une communication au congrès de l’AREF 2013 où je disais que les notes étaient une mauvaise réponse à la bonne question de l’évaluation. La réussite est un temps long d’insertion professionnelle. Pierric Bergeron défend le fait que l’évaluation des établissements innovants se fassent non pas à court terme sur les notes mais à long terme sur l’épanouissement des adultes et leur insertion sociale.

Les ESPI (Établissements Scolaires Publics Innovants)

Les ESPI, c’est à dire entre autre le CEPMO (Oléron), le CLEPT (Grenoble), le LAP (Paris), le LPII (Poitiers), le CLE (Hérouville Saint Clair), sont pour beaucoup beaucoup des écoles au service des « éclopés  » de l’école. Bien que répartis sur tout le territoire français, Ils n’accueillent que 2000 jeunes par an.
Le LPII est un modèle de réussite alternatif qui questionne le modèle dominant car cela concerne tout le monde, c’est un des rares établissements innovants qui n’est pas « spécialisé » dans les élèves « en difficulté ». Il a néanmoins en commun avec eux une vision globale de la réussite intégrant le bien être.

A l’issu de sa soutenance, on avait tous envie d’être élève dans un ESPI et de créer de l’enseignement autrement pour des jeunes épanouis… De quoi savoir qu’il faut qu’on continue Transapi!

Témoignage de Rachel: « j’ai envie d’apprendre »

Par Muriel Epstein

Filmée par Lola, 17 ans, élève au lycée autogéré de Paris, Rachel témoigne de son envie d’apprendre malgré le décrochage scolaire.

Rachel a redoublé de la seconde générale en seconde professionnelle puis décroché faute de perspective. Je l’ai rencontrée en mars dernier alors qu’elle n’avait pas d’établissement.

Comme elle me l’avait promis en juin, elle a participé au film documentaire/fiction sur le décrochage scolaire réalisé par Lola… voici donc le premier extrait du film.

Rachel a maintenant intégré le lycée de la nouvelle chance pour passer un bac général et elle en est enchantée.

Happening Transapi Bac

Par Muriel

Le happening Transapi Bac c’est quelques profs qui s’installent dans un café, qui annoncent sur twitter et sur facebook qu’ils seront là, gratuitement, si des élèves ont besoin.

Les photos ci-dessous ont été prises pour l’écrit

Feuille d'inscription pour le Transapi Bac écrit

En bas à droite, une petite affiche de Transapi dans la vitrine des pères populaires

En bas à droite, une petite affiche de Transapi dans la vitrine des pères populaires

Je n’étais pas au Transapi Bac « rattrapage oral ». Ce que j’en sais, c’est que tous les jeunes que je connaissais et qui y sont allés ont trouvé la séance très constructive et qu’ils ont eu leur bac. C’est un réel plaisir que d’avoir eu tous ces coups de fil de jeunes heureux d’être bacheliers pendant mes congés.

Je sais aussi que les profs s’étaient organisés, ainsi que les élèves pour qu’il y ait des travaux en groupe et des formes de « mini jurys ». Ça donne envie d’y aller! J’ai presque regretté d’avoir été en vacances.

Le projet TransiMOOC prend forme

Lors d’un entretien, nous proposons à un élève, en situation de décrochage scolaire, de devenir prof à Transapi. Il nous assure que c’est une très mauvaise idée.

Extrait d’un dialogue assez amusant

Prof: Mais enfin , tu viens de nous dire que tu adores parler, les profs adorent parler, c’est une qualité pour un enseignant d’aimer parler

Elève: certes mais j’aime qu’on m’écoute!

Prof: ah mais les profs aussi adorent qu’on les écoute; demande à n’importe quel prof, tu verras (acquiescement d’un autre prof présent à l’entretien)

Elève: je ne m’imagine pas tenir une classe

Prof: et si c’est en vidéo, sur youtube par exemple ?

Elève (en souriant): ah, en vidéo?

[on lui raconte les MOOC]

Elève: je crois que finalement je pourrais me rappeler le cours sur les pourcentages, j’aime bien cette idée.

L’an prochain, nous proposerons aux jeunes de faire des MOOCs avec nous; affaire à suivre…

Qu’est-ce que le travail de groupe?

Faites 4 triangles équilatéraux en déplaçant 2 allumettes (qui doivent rester sur le schéma)

Faites 4 triangles équilatéraux en déplaçant 2 allumettes (qui doivent rester sur le schéma)

Par Muriel Epstein

Les deux jours de participation à l’université d’été du GFEN étaient enthousiasmants.

Le GFEN, groupe français d’éducation nouvelle, n’est pas un mouvement si nouveau. Il s’est créé en 1922, après la première guerre mondiale. Il n’empêche qu’en deux jours, j’ai appris beaucoup de choses et je ne résiste pas au plaisir de les partager.

Ce que j’ai appris de plus important, à mon sens, c’est les conditions de réalisation d’un vrai travail de groupe, et la différence avec un travail d’équipe.

  • Le travail d’équipe, c’est lorsque des personnes ont chacune une tâche propre. Le travail à la chaine peut être un travail d’équipe.
  • Le travail de groupe, c’est lorsque tout le monde participe à la construction de la solution.

Or, pour cela, il faut absolument que tout le monde, vraiment tout le monde, puisse apporter un petit quelque chose au collectif. Un élève (ou un adulte) qui n’aurait rien à dire lors d’un travail de groupe ne pourra plus participer et se mettra en retrait.

Ainsi, pour l’ensemble des activités, le GFEN propose plusieurs temps (et suggère fortement de ne jamais donner d’exercice trop simple) :

  • Temps 1: réflexion individuelle, chacun cherche et doit pouvoir amener quelque chose
  • Temps 2: mise en commun par petit groupe (3 à 5), chacun apporte ses éléments de réponse
  • Temps 3: chaque groupe explique aux autres sa démarche et où il en est

Il y a certainement un temps de synthèse, etc… mais ce qui m’intéresse c’est que le travail de groupe commence par un temps individuel, obligatoire, systématique, et que ce temps est précieux pour que tout le monde s’investisse et qu’il s’agisse d’un travail de groupe et non d’équipe ou individuel.

Les ateliers proposés lors de l’université d’été permettaient aussi de réfléchir à ce qu’une aide « individualisée » pouvait apporter ou, au contraire, empêcher pour un élève.

Ne pouvant reproduire l’expérience que j’ai vécue sans la déflorer, je vous laisse méditer sur le fait qu’une aide individualisée puisse être gênante pour un élève au lieu d’être positive même si elle semble efficace à court terme.

Pour moi, l’expérience de travail de groupe entre adultes est un succès, et d’après les témoignages des enseignants présents, elle fonctionne très bien; j’ai hâte de l’essayer avec mes étudiants à l’université ou avec les jeunes qui viendront à Transapi! Il ne manquerait plus que ce soit réservé aux tout petits.